Argentine VOYAGES

Trek glaciaire : « vuelta al Huemul » à El Chalten – Argentine #2

8 avril 2020

Février 2020

 

  • La Vuelta al Huemul :

Lorsque vous planifiez un voyage en Patagonie, vous tombez inévitablement sur le Parc National « Los Glaciares » proche d’El Chalten en Argentine. Vous comprenez alors que pour profiter pleinement de la région il est nécessaire de randonner. Puis, si vous avez un peu de temps et une forme physique au top votre attention se portera inévitablement sur le « Trek du Huemul ».

 

  • Difficulté du trek :

Ce trek sort de l’ombre peu à peu car il promet une expérience unique : des passages en tyrolienne qui nécessitent harnais et cordes, des cols à passer aux vents possiblement hurlants, une marche sur un glacier jonché de mini crevasses. De ce fait il est renseigné comme trek difficile, accessible aux plus expérimentés.

Nous préférons adopter un discours plus modéré. Ce trek requiert une bonne fenêtre météo, une bonne forme physique et d’être à l’aise en montagne mais le sentier est bien tracé et peu technique. Il faut tout de même prévoir 4 jours de trek en autonomie, pas moins de 68km et 3000m de dénivelé positif cumulés sur fond de paysages à couper le souffle.

Comme le souhaite le règlement du parc on s’enregistre au centre d’information la veille d’une fenêtre météo qui s’annonce exceptionnelle. Nous devons détailler précisément notre itinéraire, notre matériel.. simple mesure de sécurité pour envoyer les secours si nous n’avons pas signalé notre retour à temps.

Autre précaution du parc, le visionnage obligatoire d’une vidéo qui détaille les passages à risque (itinéraire, tyroliennes, glacier..) et qui rappelle les gestes de base pour préserver l’environnement : parmi eux, ramener absolument tous ses déchets, y compris le papier toilette usagé ! Ce rappel ne fait jamais de mal au vue du nombre de personnes ayant pour habitude de l’oublier aux alentours des sentiers.

On file dans un magasin louer le matériel pour le passage de tyrolienne et nous voilà prêts et impatients de commencer ce trek !

 

  • Notre expérience jour par jour

 

    • Jour 1 : El chalten —> Campamento laguna Torro : 16,4km, 780mD+

Les prévisions disent vraie, il fait grand beau.

Le chemin commence en offrant une vue sur le Fitz Roy à chaque instant. Impossible de se lasser de ce pic de granite dépassant les 3000m. Après ça, qu’on ne vienne plus nous parler des dômes en granite dans le parc national de Yosemite aux US.

 

Le sentier se poursuit dans des sous bois pendant quelques temps en compagnie des vaches et taureaux à « demi sauvages » qui pâturent.

Voilà un exemple d’élevage extensif gage de qualité de la viande argentine reconnue mondialement.

 

Après le sous bois, c’est une autre vallée qui se dévoile. C’est vaste, très vaste. Il y a plein de montagnes à l’horizon, on se sent si petit. On devine déjà que le campement se situe au fond de la vallée juste avant la lagune glacière, et proche du Rio.

 

Une fois au campement, tradition oblige, on file au bord du Rio pour se laver grâce à la technique de la bouteille d’eau. L’eau, comme à son habitude, est très froide. Malgré un savon biodégradable on se rince à distance de la rivière afin de ne pas polluer l’eau du Rio. À bon entendeur…

Ce rafraîchissement ressemble à une petite séance de torture mais la nuit n’en sera que plus confortable.

 

    • Jour 2 : Laguna Torro —> Nuevo Campamento Paso del viento : 13,5km, 900mD+

De bon matin nous poursuivons notre chemin qui contourne la laguna Torro.

 

Après une trentaine de minute de marche est censé se présenter le premier passage en tyrolienne. On aperçoit en effet pas mal de trekkeurs qui patientent. Sauf que le passage de la rivière à pieds paraît être un jeu d’enfant en cet fin d’été. Certes ça pince les mollets mais avec ce grand soleil c’est presque agréable. Pour Adrien, hors de question de jouer les cochons pendus si la rivière se traverse à pied, même si c’est froid.

La traversée se passe bien et une fois les chaussures à nouveau aux pieds, on atteint rapidement le glacier.

 

Il s’étend du haut des montagnes jusqu’à nos pieds, c’est fabuleux. La vidéo d’instruction recommande de marcher sur le glacier plutôt qu’en bord de moraine, zone à priori plus dangereuse. On prend du plaisir, c’est beau et unique comme expérience mais on reste sérieux et concentrés, le glacier est jonché de trous ou minicrevasses plus ou moins profondes qu’il faut contourner.

 

Une fois le glacier traversé on attaque le paso del viento. Le chemin continue de nous offrir de magnifiques vues. Ma montée du col est quant à elle bien pentue, le long d’un pierrier stable, sous un soleil de plomb, sans vent. Rapides coups de soleil pour Adrien, la crème solaire n’ayant apparemment pas résisté à l’effort. C’est un « problème de génétique » s’amuse t’il à dire…

 

En haut du col, c’est la surprise totale mêlée à l’étonnement.. nous n’avions pas vraiment regardé de photos ni trop lu d’informations afin de ne pas « spoiler » l’aventure.

Or sous nos yeux s’étend « el Campo de Hielo Sur ». Une mer de glace gigantesque qui constitue la deuxième plus grande étendue de glace de l’hémisphère sud après l’Antarctique. On vous invite à jeter un œil sur une carte du monde.

 

Cette surface de glace est à ce jour un « acuerdo de campo » puisque l’Argentine et le Chili n’arrivent pas à se mettre d’accord pour définir les frontières dans cette zone. Problème visiblement non résolu à ce jour.

On ne perçoit qu’une infime partie et pourtant la glace s’étend à perte de vue, à 1500 mètres sous nos pieds. On reste sans voix devant ce spectacle et on s’offre même une pause café avec du chocolat pour profiter de tout ça.

On hésite à se joindre à des amis néo-zélandais pour passer la soirée sur le paso mais finalement on continue jusqu’au campement suivant.

Alors évidemment nous ne sommes pas seuls.. tout le monde a profité de la magnifique fenêtre météo pour randonner ici mais peu importe les paysages sont si beaux !

Les étoiles, une fois le soleil couché débutent leur spectacle. C’est frustrant de ne pas pouvoir profiter davantage de ce qu’offre la nuit ici, la fatigue nous emporte rapidement avec elle.

 

 

    • Jour 3 : Campamento Paso del Viento —> Paso Huemul : 11km et 540mD+

 

Le lendemain, nous longeons la mer de glace toute la journée. C’est toujours aussi exhaltant. Il fait toujours aussi chaud, on est en plein soleil, ça monte, ça descend, le sac paraît bien lourd, mais peu importe, la beauté des paysages n’entrave pas notre motivation.

 

L’une des difficultés du Trek arrive, le paso Huemul. Un bon gros col dans un pierrier et où ça pente pas mal. Si seulement le congélateur que l’on surplombe pouvait se mettre en marche et nous donner un peu d’air frais. Rien n’y fait, durant cette fenêtre météo exceptionnelle, pas un souffle de vent, le congélateur semble en panne. Peut être une énième conséquence du réchauffement climatique…

Le champ de glace est immense, il n’est pas prêt de faire ses adieux mais soyons tout de même prudents avec ces choses là, c’est notre assurance vie pour les siècles à venir après tout.

Le col est dur à passer, ça grimpe fort, les pieds glissent par moment. C’est dans ce genre de situation qu’une bonne forme physique est nécessaire pour éviter de se demander ce qu’on fait là !

 

Arrivés en haut la vue sur la mer de glace s’étend jusqu’aux montagnes au loin.

L’idée de profiter encore un peu de cette mer de glace ne nous quitte pas. Nous ne sommes pas certains de revoir quelque chose d’aussi impressionnant de si tôt. Et pourquoi pas camper en haut du col ?

 

Après un petit check du ciel, une dégradation météo nous paraît peu probable prochainement, la montre n’indique pas de variation de pression, c’est cohérent avec les prévisions.

Il y a un petit accès à de l’eau et nous avons désormais tous les automatismes pour faire en sorte de ne pas dégrader l’environnement, de ne laisser aucune trace, alors nous installons le camp hors de vue depuis le sentier, mais avec vue sur la mer de glace, prêt pour le coucher de soleil d’une vie.

 

En attendant, c’est un balais de condors des Andes face à nous. Ils passent si proche que l’on distingue leur colerette blanche au niveau du cou et on les entend fendre l’air comme des cerfs volants. Ils font plusieurs mètres d’envergure. On se tait et on sourit jusqu’aux oreilles à chaque fois qu’ils reviennent, seuls où à plusieurs. Des petits feront même leur apparition en soirée. Les nids doivent être proches. C’est sauvage ici, on adore, on ne dérange pas et on ne laissera aucune trace.

Qui est ce qu’on retrouve un peu plus tard dans la soirée, au dessus de nous ? Les néo zelandais de la veille.

En fait ce ne sont pas vraiment des néo-zélandais (ils habitent Auckland) mais c’est un français et une russe, Jeremy et Irina, des gens formidables avec qui nous continuerons de passer du très bon temps par la suite. Eux aussi ont flairé le bon coup et sont ultra resepecteux de l’environnement. Pas le genre à laisser traîner son papier hygiénique parre terre.

La journée n’est pas terminée pour les plus téméraires. Non loin de là se situe le mirador Condor d’où l’on aperçoit la mer de glace et le front du glacier qui se jette dans le lac Viedma. Le mirador offre une vue à 360 degré époustouflante.

 

 

    • Jour 4: Paso Huemul —> Bahia Tempaños —> El Chalten : 28km et 760mD+

 

Last day. Aujourd’hui, on prévoit l’enfer à notre corps. Notre stop prématuré de la veille pour ce campement sauvage 6 étoiles nous oblige à une journée de 28 kilomètres.

On a jamais marché autant, encore moins avec toutes nos affaires sur le dos et la fatigue des jours précédents.

Le lever de soleil fut tout aussi grandiose que le coucher, pas de vent, le congélateur est toujours en pause, sûrement pas pour bien longtemps.

De l’autre côté du col nous avons une vue dégagée sur le lac Viedma qui est immense, on a l’impression de voir la mer.

 

Mais la descente qui mène à la bahia Tempaños est une toute autre histoire.

On pensait la dévaler rapidement de bonne heure, dans le but de faire 15 à 20 kilomètres avant notre pause déjeuner mais en réalité on avance pas ! Comparé à cette descente, la montée du col était bien plus facile pour nous. C’est extrêmement pendu, le sol est sec, poussiéreux et donc très glissant. Heureusement que nous avons des bâtons. Descendre sans eux s’avère impossible à moins d’opter pour une descente sur les fesses. Des cordes sont installées dans certains passages pour pouvoir descendre un peu comme en rappel.

On prend notre temps, hors de question de se précipiter et de se blesser. Ainsi on finit par atteindre la baie avec vue sur le front du glacier.

 

 

Arrivés en bas, on a dû faire à peine 3km et on a perdu beaucoup de temps. Alors on carbure, on marche comme des fous. Heureusement pour nous, les paysages sont différents mais ça reste très beau.

En fin de matinée on aimerait s’arrêter pour manger, mais on a plus beaucoup d’eau et pour ne rien faciliter une grande partie des ruisseaux et rivières sont à sec. Alors on poursuit et finalement on effectue la premiere pause au delà du quinzième kilomètre au bord d’une rivière plus importante, avec de l’eau.

Elle se situe non loin du second passage en tirolienne.

Non loin de là se situe la seconde tyrolienne et cette fois l’eau dévale dans le Rio. Adrien se sentirait bien de traverser à pied mais pour Margaux qui est moins expérimentée c’est non, ça parait quand même dangereux. C’est sûrement plus judicieux d’attendre notre tour pour la tyrolienne mais comme on arrive à l’heure de pointe et qu’il n’y a pas que des champions de la tyrolienne sur ce sentier, il va visiblement falloir faire preuve de patience.. on attend donc une bonne heure avant de passer !

Finalement c’est amusant et bien moins risqué en effet.

 

Nous aimerions tellement que le chemin soit presque terminé mais il reste encore une grosse dizaine de kilomètres avec des petites montées et des descentes qui n’en finissent plus. Mais on reste motivés, on a pas vraiment le choix, alors on avale les kilomètres jusqu’à El Chalten.

C’était long 28km avec un sac sur le dos pour une dernière journée de trek !

A l’arrivée on se paye une bonne douche chaude et plus tard on invite les néo zelandais à boire un verre sur le campement où nous sommes réunis.

La bouteille y passe en refaisant le déroulé de l’aventure que l’on vient de vivre. Et quelle aventure ! Assurément l’une des plus belles de ce voyage !

 

Margaux & Adrien

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